Un premier message a présenté le livre des Extraits de Théodote ainsi que les nos 1 à 5. Voici d'autres extraits qui ont été en partie cités et commentés par Jean-Marie Martin qui a été élève du Père Antonio Orbe à la Grégorienne de Rome, et qui est spécialiste des gnostiques des premiers siècles (voir la présentation dans le message précédent) :

  • 21. Éléments mâles et femelles
  • N°22. Le baptême des anges pour nous
  • N°31. Les malheurs de l'éon Sophie
  • N°35. Jésus, les anges et nous
  • N°36. Diviser l'indivis pour que le divisé retrouve son unité
  • N°44. La formation de Sagesse et son salut lors de la parution de la Lumière
  • N°48-49. Le Démiurge est un créateur ignorant        

Au n° 21 une note donne un extrait du livre d'Antonio Orbe, Introduction à la théologie des IIe et IIIe siècles, 1er volume.

N B : Ces réflexions complètent tous les messages déjà mis dans le tag gnose valentinienne. Deux autres messages complètent celui-ci :

 

Extraits de Théodote

(Sources Chrétiennes n°23, édition du Cerf, 1948)

Commentaires de Jean-Marie Martin

 

Extraits de Théodote, Clément d'Alexandrie

N° 21. Éléments mâles et femelles

 « 1Le texte : « Il les créa à l'image de Dieu, il les créa mâle et femelle » désigne, au dire des valentiniens, la meilleure émission de Sagesse. Les mâles qui en proviennent sont l'élection (eklogê); les femelles sont l'ensemble des appelés (klêsis). – Les appelés et les élus, ce sont les mêmes, ils sont appelés en tant qu'ils sont encore semence de femelle. Mais la femelle engendre avant que le produit engendré ne soit accompli, c'est-à-dire qu'elle engendre une matière informe, non accomplie, qui est appelée "avorton". Tout cela ne correspond pas à notre usage exact des mots de notre vocabulaire. « Les mâles qui en proviennent sont l'élection» c'est-à-dire que les élus sont tous les hommes – car l'étincelle est déposée dans tous les hommes. Je ne suis pas sûr qu'ensuite les Valentiniens aient entendu cela. Ils ont souvent entendu qu'ils étaient, eux, la semence appelée et élue, ou que les appelés étaient les autres, et que eux étaient les élus – il y avait des oppositions –, mais cela, c'est plus tardif. Dans un premier temps, ils restent dans la lecture proprement issue de Jean et de Paul dans ce domaine.

Ils nomment mâles les éléments angéliques (angelica) tandis que les femelles ce sont eux-mêmes [=les hommes], la "semence supérieure". – Voyez, femelle et mâle sont comme deux moments de la même réalité. Nous ne sommes plus dans la distinction du dedans et du dehors. La semence en question se trouve dans le dehors, mais elle n'est pas "du" dehors. Seulement elle a besoin d'être éveillée par l'élément mâle, c'est-à-dire par son élément angélique, elle a besoin de s'unir à son ange. Au fond, chaque fragment de divinité qui est au cœur de chaque homme, a besoin de s'unir – et ceci dans un langage nuptial – à son ange.

2De même aussi [au niveau sensible] dans le cas d'Adam [=androgyne], l'élément mâle est resté en lui, tandis que toute la semence femelle, tirée de lui, est devenue Êve, de laquelle viennent les êtres féminins, comme d'Adam viennent les mâles.

3Ainsi donc les éléments mâles [=les Anges] se sont "concentrés" (rassemblés) avec le LOGOS. Les éléments femelles, changés en hommes s'unissent aux Anges – le Christ descend chargé des semences mâles (les anges) qui ainsi sont mises en rapport avec une semence femelle – et entrent dans le Plérôme. C'est pourquoi il est dit que la femme se change en homme et l'Église d'ici-bas [=l'Église spirituelle humains dispersée dans le monde] en Anges [=en Église spirituelle angélique, masculine]. »

 

Antonio OrbeNOTE. D'après Antonio Orbe (IT 1 p. 210) pour qui ce fragment 21 est le plus intéressant :

  • « Il y a deux strates parallèles : l'une, parfaite, dans le Plérôme, l'autre, sensible, dans le monde (=Kenôma). Dans les deux, Gn 1, 27 s'accomplit parallèlement. Il y a aussi deux phases dans la création de l'Homme : a) celle de l'Homme androgyne ; b) celle du Mâle d'une part, et de la femelle (arrachée à l'androgyne) d'autre part dans la strate parfaite, l'apparition de l'homme androgyne coïncide avec celle du Monogène (Fils unique) de Dieu, origine commune des anges (=éléments masculins) et des hommes (=éléments féminins) spirituels. »

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N° 22. Le baptême des anges pour nous

« 1Et quand l'Apôtre dit : « Autrement, que feront ceux qui se font baptiser pour les morts ? »  – Vous avez une curieuse exégèse ici d'un texte très énigmatique qui se trouve en 1 Cor 15, un chapitre qui est tout entier sur la résurrection. Paul fait allusion à ceux qui se font baptiser pour les morts. Ici nous avons sans doute une reprise qui n'a probablement pas le sens originel de l'usage auquel Paul fait allusion. Mais ce qui est intéressant, c'est la façon dont c'est repris. – C'est en effet pour nous, dit Théodote, que les anges dont nous sommes des portions se font baptiser. – Les Anges se font baptiser pour nous qui sommes des morts puisque nous sommes dans l'espace de la mort –  2Car nous sommes morts, nous que l'existence ici-bas a introduit à un état de mort. Mais les "mâles" sont vivants, eux qui ne participent pas à cette existence d'ici-bas.

3 « Si les morts ne ressuscitent pas, pourquoi nous faisons-nous baptiser ? ». C'est donc que nous ressuscitons "égaux aux anges" et "restitués" aux "mâles", les membres avec les membres, dans l'unité. 4Et, disent-ils, « ceux qui se font baptiser pour les morts », ce sont les Anges qui se font baptiser pour nous, afin que, possédant nous aussi le NOM, – être baptisé, c'est recevoir le Nom – nous ne soyons pas arrêtés par la Limite du Plérôme (…) et empêchés d'entrer au Plérôme. – Le Nom est en même temps un mot de passe qui fait que les portiers ne nous arrêtent pas. Nous avons le mot de passe pour entrer dans le Plérôme –  5C'est pourquoi, dans "l'imposition des mains", ils disent à la fin : « pour la Rédemption angélique » c'est-à-dire pour celle que les anges ont aussi, afin que celui qui a obtenu la "Rédemption" se trouve baptisé dans le NOM même dans lequel son ange a été baptisé avant lui. – Il est fait allusion ailleurs au baptême des anges. Il est dit ici que les anges se font baptiser pour nous, et c'est ce qui a donné lieu chez moi à l'expression que j'ai souvent employée : « les mots de notre vocabulaire doivent être baptisés afin de pouvoir dire... », c'est-à-dire qu'ils doivent laisser mourir leur sens usuel pour ressusciter à la capacité neuve de dire la nouveauté christique.

6Or, au commencement, les anges ont été baptisés dans la "Rédemption" du NOM qui est descendu sur Jésus, sous la forme de la colombe (…) »

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Plérôme valentinien

 

N° 31. Les malheurs de l'éon Sophie

Sophie est un Éon, le dernier, le plus petit des Éons et elle est emplie d’une certaine prétention. Elle est emplie d’un désir, d’un désir qui de soi pourrait être bon ! Les différentes versions, en tout cas, insistent tous sur le fait qu’il y a un désir qui est d’une certaine façon légitime mais qui est impossible, donc voué à l’échec, qui va faire l’ouverture du manque à l’intérieur même de la plénitude (du Plérôme). 

Il y a deux versions pour dire le désir de Sophia, mais elles se mêlent très bien.

Selon la première version (cf. Extraits de Théodote N° 31, 3 ci-après), son désir consiste à vouloir comprendre le Père par ses propres ressources, c’est-à-dire non pas en tant qu’elle est en union avec son conjoint, mais par elle-même, ce qui se dit dans le langage de la connaissance sous la forme d’une volonté de prendre, de comprendre. Or le Père est incompréhensible, ce qui s'exprime en disant qu’il est infranchissable ou impréhensible. En effet, dans la pensée stoïcienne contemporaine, la connaissance est perçue comme une pénétration. Vous voyez le danger qu'il y a de pénétrer le Père, n’est-ce pas ? Une pénétration, franchir ou comprehendere, en latin, prendre en totalité, se dit catalêpsis, en grec, la connaissance cataleptique qui prend en totalité. Or le Père peut se donner, il ne peut se prendre. Si on cherche à le prendre, c’est une prétention, et nous verrons en effet que c’est une  pro-tension, puisqu’elle s’élance en avant pour le prendre, mais ça ne peut être qu’une méprise.

L’autre façon de décrire l'erreur de Sophie, c’est de dire que, puisque les éons se sont engendrés les uns les autres, dans un certain ordre, elle veut engendrer comme le Père engendre, mais par elle seule, par elle-même. Or elle ne peut produire qu’un fruit vain et non pas une authentique production. C’est l’autre langage pour dire la même chose. Nous avons cela aussi dans notre langue parce que le mot "conception" est un mot qui a à voir avec la génétique, et aussi avec l’intellect, avec la compréhension.

N° 31 (3). « L'Éon [Sophia] qui voulait saisir ce qui est au-dessus de la connaissance est tombé dans l’ignorance – agnoia qui est le contraire de la gnôsis – et dans l’absence de Forme (amorphia). -alors que le Christ est la Forme des Éons - Par suite il a opéré un vide de Connaissance qui est l’ombre du Nom, c’est-à-dire du Fils [qui est la] Forme des Éons. Aussi le nom partiel de chacun des Éons est la perte du Nom ». 

Donc le Nom de Dieu est un nom indicible, et les Éons sont des fragments de ce Nom, ils gardent quelque chose du Nom essentiel.

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N° 35. Jésus, les anges et nous

« 1Jésus, notre "Lumière", comme dit l'Apôtre « s'étant vidé de lui-même » – la kénose – (…) a, par le fait qu'il était l'Ange du Plérôme, entraîné au-dehors avec lui les anges de la semence supérieure. 2Quant à lui, il possédait la "Rédemption" en tant qu'il provenait du Plérôme, mais, pour les anges, il les a emmenés en vue du "redressement" de la semence – le redressement de la semence femelle qui correspond à ces anges – 3Car c'est comme pour une portion d'eux-mêmes qu'ils prient et qu'ils invoquent le secours : retenus ici-bas à cause de nous, alors qu'ils sont pressés de rentrer, ils demandent pour nous la "rémission", afin que nous entrions avec eux. – Le Christ venant apporte notre semence mâle – 4Car on peut presque dire qu'ils ont besoin de nous pour entrer, puisque sans nous cela ne leur est pas permis (pour la même raison, disent-ils, que la Mère elle-même n'est pas entrée sans nous) – la mère de toutes les semences qui sont hors du Plérôme – c'est donc à bon droit qu'ils prient pour nous.

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N° 36. Diviser l'indivis pour que le divisé retrouve son unité

« 1Toutefois, c'est dans l'unité, disent-ils, que nos anges ont été émis, car ils sont un, en tant qu'issus de l'Un. 2Mais parce que nous existions nous-mêmes à l'état divisé, Jésus, pour cette raison, a été baptisé pour diviser l'indivis, jusqu'à ce qu'il nous unisse aux anges dans le Plérôme : afin que nous, – la multitude, – devenus un, nous soyons tous mélangés à l'Un qui a été divisé à cause de nous. »

 

Réflexion de J-M Martin qui finit sur une allusion à ce passage[1].

Si on me demandait de tenter de penser ce que peut vouloir dire le mot "sacrifice" quand il s'agit non pas d'une idée vague et générale de sacrifice tel qu'il pourrait être chez les Bantous et chez d'autres – il n'y a pas d'idées communes – mais précisément dans l'Évangile à partir de la lecture de l'Évangile qui part du lieu de la résurrection, je dirais ceci : l'agneau est le Vivant qui est mis en quatre, c'est-à-dire qui est mis en quartiers, de telle sorte que, lorsqu'on mange ses quartiers, les quartiers de la ville reconstituent ainsi à un niveau supérieur le Vivant qui a été dépecé. Vous avez bien aperçu que je joue sur quartiers et quartiers. Mais ce n'est pas un hasard puisque que le quatre a la même signification symbolique, aussi bien dans la division d'une ville que dans la division d'un animal : des quartiers.

D'autre part le sacrifice, et je pense que c'est vrai aussi bien dans le monde hellénistique que dans le monde biblique, est une cuisine[2] ou plus exactement une boucherie sacrée. La boucherie sacrée consiste à avoir le couteau suffisamment aiguisé et la main suffisamment experte – l'apprenti-boucher se fait à lui-même son propre couteau et ne peut pas se servir du couteau d'un autre – pour savoir dis-cerner. En effet on a idée de l'extérieur qu'un animal c'est un bloc de viande, tu parles ! Il y a à tracer, il y a à discerner. Il y a à discerner ce qui est utilisable de telle façon : la graisse qui peut être brûlée pour la narine du dieu, la viande meilleure qui est à réserver pour le prêtre, naturellement, et puis ce qui est à répartir.

« Couper la viande » c'est l'expression qu'emploient les bouchers aujourd'hui. Au XVIIIe siècle on disait « trancher la viande ». Et en aucun des cas couper ou trancher ne signifie tailler dans le vif, ça signifie discerner. Je pense qu'il y a autant d'intelligence dans le couteau du boucher bien manié que dans l'analyste linguistique qui travaille sur le corpus d'une langue.

On dit que c'est le vieux Bachelard qui posait la question à un étudiant chinois : « Cher ami, quand vous allez chez votre boucher, est-ce que vous savez indiquer le morceau que vous voulez ? Est-ce que vous savez le choisir ? » – « Oh, maître, non, je ne m'occupe pas de ces choses. » – « Ah ! C'est le commencement de la philosophie, savoir discerner. »

Cela commente par ailleurs un mot énigmatique des valentiniens : « Diviser l'indivis pour que le divisé retrouve son unité. » Et c'est une fonction du Pneuma justement, puisque le Pneuma s'écoule, va rejoindre l'indivision, pas du tout pour y rester, mais pour refaire le tonos, la tension et la présence de l'unité. C'est le sens de la diffusion, de la donation de l'Esprit.

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N° 44. La formation de Sagesse et son salut lors de la parution de la Lumière.

La Sagesse, de Pietro_Baratta à San Zanipolo Venise« Lorsque Sagesse – il s'agit de la deuxième Sagesse qui a été jetée hors du Plérôme. Elle est ici plus ou moins assimilée au Pneuma (l'Esprit) fluctuant sur les eaux de la Genèse, et représente donc encore un état d'incertitude du Pneuma avant l'apparition de la lumière – l'aperçut, semblable à la lumière, elle le reconnut, courut à lui, fut remplie d'allégresse et l'adora. […] Aussitôt le Sauveur lui confère la "formation selon la gnôsis" (selon la connaissance) morphôsis (formation) est un terme qui vaut en soi à la fois dans le langage cosmologique et dans le langage anthropologique, "se former" et "être formé". Ici le Seigneur confère à Sagesse la connaissance qui la constitue  – et la guérison de ses passions (ses pathôn, ses errements), en lui montrant à partir du Père inengendré les êtres qui sont dans le Plérôme (dans la plénitude) et ceux qui vont jusqu'à elle. »

Nous avons ici une lecture de la parution de la lumière en Genèse 1 comme décrivant l'expérience du spirituel, du gnostique (de celui qui accède à la connaissance). L'expérience de Sagesse est lue comme archétype de toute expérience du spirituel.

C'est bien la description de l'apparition, de l'expérience du Christ, de la connaissance du Christ, sur un préalable d'erreurs et d'errements qui décrit le spirituel avant cette connaissance.

 

► Extrait d'un commentaire de J-M Martin sur le Plérôme des valentiniens.

Le contexte est le suivant. Sophia (la Sagesse), le dernier des éons du Plérôme, entreprend de vouloir connaître le Père, le pénétrer par ses propres ressources, sans l'aide de son conjoint et ça rate car c'est une chose impossible. Ceci ouvre le manque (hustérêma) et introduit un trouble parmi les dénominations de Dieu. Le manque ouvre le champ du "hors Plérôme". Dans son mouvement, Sophia a produit une conception, mais une conception informe. Et cette production est appelée ici sa fille puisque la manifestation de quelque chose est le fils ou la fille de cette chose, comme le fils est la manifestation de ce qui est en secret séminalement dans le père. Cette fille est appelée Achamoth, mais peut aussi être appelée Sophie (ou Sagesse). Son errance se décrit comme le va et vient du Pneuma à la surface de l'abîme et des eaux ténébreuses (Gn 1, 2). Et son salut s'exprime comme la parution de la lumière qui est le Christ, qui est Jésus. Il y a donc bien là un commentaire de l'expérience humaine en tant qu'elle est errance et salut.

Nous naissons non complètement formés. Nous avons une première formation qui nous donne d’être mais non pas d’être accomplis, d’être pleinement accomplis.

Par exemple, au chapitre 9 de l’aveugle-né en saint Jean, le Christ reprend le modelage d’Adam puisqu’il crache à terre, et de sa salive et de la boue il enduit les yeux de l’aveugle-né, car nous sommes aveugles de naissance. Nous sommes, mais nous sommes aveugles. Alors le Christ reprend la formation là où elle avait été laissée, il rejoue les premiers gestes, puis il dit à l’aveugle : « Va te laver » – c’est le baptême du Pneuma – « Il alla à la fontaine de Siloé et il revint voyant ». Voir au sens johannique du terme, c’est l’accomplissement de l’être.

Ce qui est en question ici c'est bien l'expérience archétypique de l'humanité, et cela est un commentaire de la Genèse.

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N° 48-49. Le Démiurge est un créateur ignorant

N°48. 1Donc le Démiurge, ayant séparé le "pur" du "lourd", en tant qu'il pénétrait la nature de chacun de ces éléments, "fit la lumière", c'est-à-dire "fit apparaître" <ces éléments>, les "amena" à la lumière et à la "forme" (idea) : car, pour la lumière du soleil et du ciel, c'est beaucoup plus tard qu'il la produit.

2Et parmi les éléments hyliques, il fait l'un à partir de la tristesse (lupê), créant dans leur essence « les Esprits du mal contre lesquels nous avons à lutter (d'où les paroles de l'apôtre : « Ne contristez pas l'Esprit Saint de Dieu, dans lequel vous avez été marqués du sceau ») ; 3il fait l'autre à partir de la crainte (phobê)  : ce sont les animaux sauvages ; l'autre enfin à partir de la stupeur (explexis) et de l'angoisse (aporia) : ce sont les éléments du monde ». À l'intérieur des trois éléments matériels, le feu oscille, disséminé, se tapit, s'allume par eux, meurt avec eux : car il n'a pas pour lui de place réservée comme les autres éléments qui entrent dans la composition des corps.

Quand les valentiniens récitent les malheurs de Sophie la sagesse, ils disent qu'elle subit des passions (pathé). Or il y a quatre passions fondamentales qui sont énumérées et qui sont phobos (la peur), lupê (la tristesse), épexis (la stupeur) et enfin épithumia (le désir) – ils distinguent ainsi deux types de peurs : la peur qui fait fuir (la phobos), et la peur qui fixe (l'explexis) . Et justement ces choses sont assimilées aux quatre éléments d'Empédocle :

  • l'eau est assimilée à la peur (phobos) car elle fuit (elle se sauve) ;
  • l'air est assimilé à la tristesse ;
  • la terre (le solide) est assimilée à l'explexis (la stupeur), ce qui est fixé ;
  • le feu est assimilé au désir.

N° 49. Or, comme il ne connaissait pas Celle qui opérait par lui, il croyait créer par sa propre puissance, car il est laborieux par nature. C'est pourquoi l'apôtre dit : « il a été soumis à la vanité du monde, non de son plein gré, mais à cause de Celui qui l'a soumis, dans l'espoir qu'il a d'être délivré, lui aussi », quand seront "rassemblées" les semences de Dieu. Une preuve en particulier qu'il agit par contrainte, c'est qu'il fait "du sabbat un jour béni" et qu'il l'accueille avec empressement le repos de ses peines.

 



[1] Cette réflexion est extraite de la session sur le Prologue de l'évangile de Jean (suite à une question sur l'agneau sacrificiel)

[2] Allusion au livre de Marcel Détienne et Jean-Pierre Vernant : La cuisine du sacrifice en pays grec (Paris, Gallimard 1979).